Portrait - Aude Lancelin

Aude Lancelin : écrivains, vos papiers !

« Le roman-confession de Drieu, Gilles, a-t-il vraiment toute sa place aujourd’hui dans une collection d’apparat [La Pléiade], destinée aux étrennes en tout genre ? »

Aude Lancelin est née à Tours en 1973. Philosophe de formation, dotée d’une plume alerte et d’un joli minois, elle est l’une des figures montantes du milieu germanopratin où elle se positionne en spécialiste de la littérature et du débat d’idées. Son conformisme intellectuel devrait rapidement lui ouvrir de nombreuses portes.

Formation

Ancienne élève du lycée Henri IV (Khâgne, Hypokhâgne) aux débuts des années 1990 (1990 – 1992), elle obtient une agrégation de philosophie en 1996 à la Sorbonne (Paris IV). Après une expérience comme enseignante dans un établissement de l’Essonne, elle incorpore en 1997, le mastère Médias de l’ESCP (source : viadeo).

Parcours professionnel

Elle intègre en 2000 Le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées, notamment la critique littéraire et la philosophie. Parallèlement, elle collabore aux émissions télévisées « Culture et dépendances » (fin juin 2006) et « Postface » (fin septembre 2006). Elle quitte Le Nouvel Observateur en août 2011 pour rejoindre Marianneen tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable du service culture et idées.

Parcours militant

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Ce qu’elle gagne

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Publications

  • « Histoire d’une réhabilitation », dans Nietzsche, penseur du chaos moderne, Paris, Scali, 2007.
  • Le déclinisme, dans Jérôme Garcin (dir.), Nouvelles mythologies, Paris, le Seuil, 2007.
  • Les Philosophes et l’amour. Aimer de Socrate à Simone de Beauvoir, avec Marie Lemonnier, Paris, Plon, 2008.
  • L’explication. Conversation avec Aude Lancelin, Alain Badiou et Alain Finkielkraut, Paris, Lignes, 2010.

Collaborations

Membre du jury 2013 du prix de la presse française pour les arts et la culture, Les Globes de Cristal. 2012 : Membre du jury pour le prix littéraire Le Procope des Lumières avec Malek Chebel, François de Closets, Roger-Pol Droit, Caroline Fourest, Alexandre Lacroix, Olivier Poivre d’Arvor, et André Bercoff (source : www.procope.com). Octobre 2011 : Intervenante à la semaine de la Pop philosophie à Marseille Novembre : Modératrice lors d’un débat entre Barbara Cassin, Alain Badiou et Françoise Gorog sur le thème « L’amour a-t-il un avenir ? » lors de la 14èmes semaines européennes de la philosophie Citéphilo2010. Octobre 2010 : Participe, lors du salon du livre du Mans, à un hommage à Philippe Muray avec Élisabeth Lévy, Éric Naulleau et Bernard Quiriny (Lire, février 2011) Avril 2008 : Présente à la 25èmefoire du livre de Saint-Louis (Alsace)

Elle l’a dit

« L’antiracisme se voit depuis quelques années la cible d’une vaste tentative de délégitimation. Quasi devenu une étiquette honteuse pour les esprits forts qui campent sur les plateaux télé, il serait même responsable, par son insoutenable naïveté, d’une montée du racisme véritable, apparemment réservé aux piliers de bar tabac. (…) “Quel courage y a-t-il à s’acharner contre celles et ceux qui subissent des discriminations au quotidien?” Une chose est sûre: pendant que les libres penseurs “de souche” pérorent, des Français “de papiers” s’organisent pour ne plus subir. » « Le racisme expliqué à Zemmour », Le Nouvel Observateur, 31 mars 2011. « Fusion sentimentale et idéologique pour les uns, irréalité douloureuse pour les autres: durant quelques mois d’un été caniculaire, tout le monde se met à voir partout des éléphants roses. Consultés par une presse enthousiaste, des employés témoignent que leurs chefs de rayon leur parlent désormais avec égard. Habitués à l’ombre des permanences, jeunes énarques et syndicalistes marxisants découvrent avec éblouissement la lumière des ors et des gyrophares. Les boîtes parisiennes ne désemplissent pas. La cocaïne y circule déjà en abondance sur la pop de Police, Foreigner ou Kim Carnes, bombe californienne qui fournit avec «Bette Davis Eyes» le tube de l’été. » « L’été 1981, sous le signe de la rose » Le Nouvel Observateur, 13 août 2009. « “L’idée de communisme” retrouverait-elle, par temps de crise, une vigueur inattendue? Alain Badiou, Slavoj Zizek, Toni Negri, Michael Hardt, Jacques Rancière et plusieurs autres grands noms de la philosophie politique radicale mondiale étaient réunis, ce week-end, à Londres, pour un colloque sur cette notion. Aude Lancelin a suivi les débats. (…)Loin de tout folklore bolchevique cependant, l’heure n’était pas à la rumination nostalgique ni à la provocation antilibérale grossière durant ces trois journées de haute densité conceptuelle. L’humeur n’était évidemment pas davantage à une tentative de sauvetage partiel du bilan indiscutablement calamiteux des Partis-Etats communistes du XXe siècle. Sur ce plan-là, tous les intervenants étaient d’emblée d’accord. Deux conditions sine qua non déterminaient leur présence à cette manifestation. Être disposé à envisager positivement un renouveau de l’hypothèse communiste aujourd’hui, et n’être le porte-voix d’aucune formation politique institutionnelle. » « Marx contre-attaque », Le Nouvel Observateur, 16 mars 2009. « Il en sait des choses, Bernard-Henri Lévy. Le néo-kantisme d’après-guerre. La vie culturelle paraguayenne. Seul problème, Jean-Baptiste Botul n’a jamais existé. Pas plus que ses conférences dans la pampa, auxquelles BHL se réfère avec l’autorité du cuistre. Ce penseur méconnu est même un canular fameux. Le fruit de l’imagination fertile de Frédéric Pagès, agrégé de philo et plume du “Canard enchaîné”, où il rédige notamment chaque semaine “Le journal de Carla B.”. Un traquenard au demeurant déjà bien éventé depuis la parution de “la Vie sexuelle d’Emmanuel Kant”, pochade aussi érudite qu’hilarante, publiée en 1999 et rééditée en 2004 aux éditions Mille et une nuits, sous le pseudonyme de Botul. Une simple vérification sur Google aurait d’ailleurs pu alerter le malheureux BHL. Le même Botul y est en effet aussi répertorié pour avoir commis une œuvre au titre prometteur :“ Landru, précurseur du féminisme”. » « BHL en flagrant délire : l’affaire Botul », Le nouvel Observateur, 8 février 2010. « Accusé d’avoir saboté des lignes de TGV, Julien Coupat avait cofondé, en 1999, la revue “Tiqqun”, dont paraît un recueil de textes. (…) Hommage du vice à la vertu, la criminalisation d’objets de pensée comme “l’Insurrection qui vient” est peut-être le signe qu’après vingt années de neutralisation par la dérision et le mépris l’intellectualité est en phase de redevenir une contenance suspecte aux yeux du pouvoir. A lire ces “Contributions à la guerre en cours” de Tiqqun, on ne peut qu’être frappé par la sorte de prémonition qu’on y découvre du traitement aujourd’hui réservé à certains de ses membres. » « Quand Julien Coupat animait «Tiqqun» Le nouvel Observateur, 28 mai 2010. « Rares sont en effet les figures de gauche à avoir eu l’audace de se réclamer de Camus avant les années 80. L’anticommunisme précoce de ce dernier en avait fait un suspect dans son camp. Même crime de lucidité qu’Orwell par rapport au dogme de l’infaillibilité stalinienne, même châtiment que pour l’écrivain et essayiste anglais. C’est ainsi que, chassé de sa famille politique, la rumeur avait fini par faire de Camus un homme du consensus tiède, du compromis petit-bourgeois, de la grande peur des petits Blancs aussi, écartelé entre la justice et les siens sur l’affaire algérienne. » « Le vrai Camus » Marianne, 8 janvier 2012. « Avant cette date, l’idée d’accuser Arendt de « haine de soi » eut simplement semblé burlesque. Toute sa vie Arendt affirmera en effet avoir parlé politiquement au nom des juifs. Et à l’exception du journaliste dreyfusard Bernard Lazare, personne avant elle n’avait fait preuve d’une compréhension aussi profonde de l’antisémitisme spécifique aux temps modernes, personne n’avait fourni de thèses aussi convaincantes sur cette arme politique de destruction massive. » « Lanzmann critique l’idée de banalité du mal d’Hannah Arendt », Marianne, 13 novembre 2011. « La butte Montmartre entière est en émoi, Toulouse-Lautrec en sursaute dans sa tombe, Amélie Poulain en perd ses bas à vélo, la chaîne américaine Starbucks, géant mondial du café, nouveau rival de McDo dans la catégorie un peu usée de «symbole honni de l’uniformisation culturelle yankee», vient en effet d’annoncer l’ouverture d’un café à son enseigne en 2013 sur la fameuse place du Tertre, située à deux pas du Sacré-Cœur, haut lieu parisien des peintres ratés et des caricaturistes casse-bonbons, où seuls les pickpockets se montrent encore parfois au niveau de leur réputation internationale. Le 23 novembre dernier, un communiqué de l’association Paris fierté sonnait le tocsin, aussitôt relayé par le Bloc identitaire, groupuscule de petits FAF (France aux Français), avant tout connu pour vouloir bouter le Nord-Africain hors des frontières, mais qui a visiblement décidé d’élargir ses combats civilisationnels au grain à moudre nord-américain. “Starbucks go home ! Ici, c’est Montmartre.” (…)Contre le stalinisme du cool, il est certain que la France ne s’en tirera pas en dégainant, comme en cette fin d’année place du Tertre, une sorte de pétainisme du chevalet. (…) Ce «fétichisme du patrimoine», parfaitement mortifère, qui fait que même le toc américain semble aujourd’hui plus vrai que le Paris montmartrois à baguette et casquette dont nous continuons d’exporter l’image de par le monde, en gardiens de cimetière zélés de notre propre caveau. », « Starbucks contre le Sacré-Cœur », Marianne, 1er décembre 2012. « C’est bizarre, mais nous aussi nous étions titulaire d’une carte de presse en 2006, soit un an avant l’élection de Nicolas Sarkozy. Et les adorateurs de sans-papiers et autres guévaristes impénitents, nous en avons rarement croisé dans les rédactions. Jamais à proximité d’un plateau de télé, en tout cas. La tendance alors, pour bénéficier des courants ascensionnels, était déjà, dans la corporation, au ralliement plus ou moins subliminal à toutes les variantes de la chasse aux “bien-pensants”, ces nantis angélistes piétinant les working poors, surtout quand ils sont “de souche”, et leur préférant bien entendu les métèques, surtout s’ils ont une bombe dans la poche et barbotent les aides sociales. » « Gramsci s’invite au bar-PMU », Marianne, 27 octobre 2012. « Entre ici, Pierre Drieu La Rochelle, avec ton terrible cortège… C’est à un bien étrange cérémonial que nous convient les éditions Gallimard au printemps, en relogeant en Pléiade, leur collection la plus prestigieuse, le plus compromis de leurs anciens employés. Ainsi le dandy collabo qui se chargea de verrouiller la Nouvelle revue française (NRF) de 1940 à juin 1943, l’auxiliaire nonchalant de la Propaganda Staffel, l’ex-proche des surréalistes qui en vint à saluer dans la mythique revue “le génie d’Hitler et de l’hitlérisme”, l’antisémite convaincu qui, trop conscient de son désastre, se suicidera le 15 mars 1945 verra-t-il une dizaine de ses romans et nouvelles publiés sur papier bible. (…)Un point de vue pour le moins audacieux. Véritable parabole fasciste, de bout en bout imprégné de racialisme antijuif, le roman-confession de Drieu, Gilles, a-t-il vraiment toute sa place aujourd’hui dans une collection d’apparat, destinée aux étrennes en tout genre ? (…) En attendant, la maison Gallimard se dit très sereine. Né il y a quatre ans, ce projet n’a pas soulevé la moindre objection en interne et, jusqu’à aujourd’hui, personne n’avait appelé pour s’étonner. Ou plutôt si. Un critique du Figaro, il y a quelques jours… peiné qu’on ne republie pas l’intégralité des romans de Drieu.» « Un collabo au Panthéon », Marianne, 28 janvier 2012. « Le sarkozysme est décidément une maladie qui inspire de la frayeur. D’un gaulliste social autrefois fréquentable, Henri Guaino, elle aura réussi à faire en cinq ans un barde enflé de mots creux, capable de déployer les plus comiques contrevérités pour instiller la nostalgie d’un tyranneau agité dont le pays a à peine réussi à se défaire. » « Henri Guaino, écrivain pour chambres de commerce », Marianne, 20 octobre 2012. « Nombre d’écrivains qui l’ont jadis connu dans des revues littéraires décrivent pourtant des positions précocement bien plus troubles. A l’époque de Recueil, en 1984, Millet est même connu pour signer sous le pseudonyme de Marc Fournier des éditos dont les sites identitaires extraient aujourd’hui encore des perles avec gourmandise. (…) Aujourd’hui, c’est Richard Millet qui, sur fond d’islamophobie banalisée, tente de gagner ses ultimes galons d’ennemi public numéro un grâce au white trash décompensé Breivik. » « Richard Millet, tragédien et martyr », Marianne, 8 septembre 2012. « Terrifiée à l’idée de passer pour angéliste, laxiste, voire “immigrationniste”, selon l’anathème aujourd’hui en vigueur sur tous les sites extrémistes, la gauche rivalise de prudence pour défendre les derniers entrants contre une xénophobie d’Etat de moins en moins refoulée. De discours de Grenoble en référendum de la dernière heure sur le droit de vote des étrangers, le quinquennat de Sarkozy aura été une période de régression impressionnante pour la cohésion nationale. (…) Véritable carrefour ethnique, la France, ni celte ni latine ni germanique, offre un « mauvais terrain pour le racisme », écrivent les deux auteurs. On aimerait les croire. Que l’homogénéité française soit un mythe n’a jamais empêché certains de fantasmer sur une identité perdue, souillée, avec l’appui désormais plus que subliminal d’une partie de la droite gouvernementale. C’est peu de dire que le “moment Sarkozy” aura laissé une profonde empreinte. » « Malaise dans l’identité française ? » Marianne, 25 février 2012. « Quand on lit votre recueil de textes, Jean Daniel, on se rend compte en effet du durcissement constant du discours politique sur l’islam. Au début des années 90, Jean-Marie Le Pen était le seul à insinuer une « incompatibilité entre les lois de l’islam et les lois de la République ». Ce n’est plus le cas aujourd’hui, alors qu’une sorte d’islamophobie laïco-chrétienne essaime du côté de l’UMP et même de celui d’une gauche républicaine autoproclamée… ». Ibid. « On connaît le précepte augustinien : “à Rome fais comme les Romains”. Mais justement ces gens-là, les gens des « quartiers », ils ne vivent pas à Rome. Très concrètement ils vivent dans des zones de relégation complète, et leur accès à la citoyenneté française reste donc largement théorique… » « Finkielkraut-Badiou: le face-à-face », BibliObs, 17 décembre 2012. « On n’a pourtant rien trouvé d’autre jusqu’à présent que le cadre national pour imposer la redistribution par l’impôt, la sécurité sociale et autres acquis sociaux que vous-même, Alain Badiou, défendez par ailleurs. N’en déplaise aux altermondialistes à la Toni Negri, qui en viennent même à réclamer un improbable « salaire minimum mondial », tout cela est rendu possible uniquement par l’adossement à un cadre national…. » Ibid. « Passons sur le cas Renaud Camus. A la droite extrême du Quai-Conti, il serait injuste de priver Félicien Marceau d’un bon camarade de mots fléchés. La candidature de Didier van Cauwelaert s’avère autrement gonflée. L’auteur de “l’Évangile de Jimmy” et de quantité d’autres romans de gare à la syntaxe infirme rejoindra-t-il bientôt sous la Coupole les gardiens du mètre étalon de la langue française? » « Tocard Academy », BibliObs, 6 mars 2009. « IN MEMORIAM. Ils étaient venus par dizaines de milliers d’Aubervilliers, de Nanterre, de Saint-Denis, confiants, les mains nues, en costume de ville. La répression fut d’une violence inouïe, difficile à comprendre même, lors de cette tragique nuit du 17 octobre 1961. Rafales de mitraillette, séquestrations en masse, matraquages, noyades sordides d’hommes jetés en sang dans la Seine. Une ratonnade géante en plein Paris. (…) Sur la nuit du 17 octobre, cette nuit longtemps vouée aux eaux croupies de notre mémoire collective, la vérité aussi est en marche et rien ne l’arrêtera. » « Deux films sur le massacre du 17 octobre 1961 », Marianne, 19 octobre 2011.

Sa nébuleuse

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Ils ont dit

« Je dois reconnaître néanmoins qu’elle met un vrai talent, dans Le Nouvel Observateur, à donner corps avec concision et clarté aux opinions exactement inverses des miennes. Ainsi il m’a semblé observer récemment, avec plaisir, une tardive percée de la réalité dans le débat idéologique, parce qu’il y était enfin question, après des années de refoulement, des “communautés”, des “groupes ethniques”, des composantes diverses de la société multiculturelle, et de leur rôle dans l’actualité et dans la société telle que nous l’éprouvons. Aude Lancelin est si limpide à ce propos, on dirait que c’est à moi qu’elle répond – mieux qu’à moi, plus qu’à moi, à mes réflexions intérieures », Renaud Camus « Des couloirs de l’hôtel Raphaël aux bistrots bobos du quartier Latin, BHL n’en finit plus de fulminer contre cette “petite grue” d’Aude Lancelin. C’est que l’effrontée journaliste a eu le culot de publier, en février, dans les colonnes du Nouvel Obs, un article peu flatteur pour notre chemise blanche. Dans son livre “De la guerre en philosophie”, relevait Aude Lancelin, BHL cite Jean-Baptiste Botul, un philosophe qui, en fait, n’existe pas ! Là, l’ensemble (ou presque) des médias s’y sont mis. Quoi, notre philosophe national ne vérifierait pas ses sources ? » « Rancunier, BHL change de stratégie », BAKCHICH, 1er avril 2010. Photo en Une : crédit animatricestv.t35.com